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Message de clôture de la visite pastorale

2 février 2016

Bischoffsheim - 29 janvier 2016

 

 

 

Une visite pastorale constitue toujours un moment privilégié du ministère de l’évêque. Elle lui permet de rejoindre le « terrain », de prendre connaissance de l’intérieur de ce qui fait la vie, la joie et les difficultés des communautés chrétiennes, de rencontrer les forces vives pour les écouter, les encourager et repréciser avec elles leur identité et leur mission … Durant ces derniers mois, j’ai été très heureux de rencontrer l’immense zone de Molsheim-Bruche.

La greffe de rein intervenue en mars 2015 a interrompu cette visite et en a malheureusement perturbé la dynamique. La reprise, en octobre dernier, l’a relancée, nécessitant des ajustements et des adaptations du projet initial. Que tous les acteurs de la pastorale et les communautés soient remerciés de leur compréhension et de leur amitié à mon égard.

Au terme de ma visite, je voudrais vous livrer trois constats et réflexions pour faire mémoire de ce que nous avons vécu ensemble et nourrir vos engagements futurs.


I. Une Eglise confrontée à la crise


A la fin de cette « visitation » des communautés de paroisses, le sentiment qui prédomine en moi est l’action de grâce pour tout ce que vous êtes, tout ce que vous faites au quotidien. Votre foi est belle et réconfortante … Elle éclaire, réchauffe et stimule vos paroisses, vos villes et vos villages. Un très grand merci pour votre accueil et votre engagement de serviteurs ! Vous êtes l’Eglise, vous la faites vivre et rayonner, que Dieu rende féconde votre générosité !
Deux constats un peu douloureux m’habitent cependant : il y a d’abord la baisse sensible du nombre de chrétiens participant aux eucharisties dominicales, même lorsque l’évêque les préside. Il y a ensuite le fait inquiétant que l’ensemble des activités d’une communauté de paroisses repose sur un petit nombre de fidèles qui s’investissent dans de nombreux domaines. Je dis souvent : « Si plus en faisaient plus, plus pourraient en faire moins ». Et la question qui se pose est bien évidemment : « Comment assurer la relève dans nos services et nos groupes d’Eglise ? Comment rejoindre davantage les indifférents, les déçus, les « consommateurs » ? »

A plusieurs reprises, nous avons pris acte que nous étions définitivement sortis d’une longue période de chrétienté. De moins en moins, la foi est vécue comme une habitude ou une obligation (heureusement !) et de plus en plus comme un choix personnel qui mobilise tout l’être, donne sens, lumière et force à l’existence du croyant. Concrètement, nous avons constaté les difficultés de transmission de la foi aux jeunes générations, nous avons déploré la pénurie de bénévoles dans de nombreux secteurs et l’érosion lente mais constante de la pratique religieuse. Il n’y a pas de doute : l’Eglise est en crise, mais pas plus que toutes les grandes institutions qui façonnent notre société : la famille, l’école, la justice, le politique, l’économie … Disciples d’un Dieu incarné, nous ne pouvons rêver d’une Eglise préservée, située au-dessus ou à côté de la vraie vie et qui continuerait à délivrer un discours de « tribu », sans prise sur le réel. Rappelez-vous : je vous ai souvent dit qu’il nous faut être disciples aujourd’hui, car c’est aujourd’hui que Dieu nous appelle et nous envoie, c’est aujourd’hui qu’il nous demande d’aimer ce monde et de lui renvoyer quelques reflets de la tendresse du Créateur qui veut inviter tout homme à partager sa vie. Inutile d’entretenir la nostalgie d’un passé révolu, inutile de se projeter dans un avenir sur lequel nous n’avons pas prise. Il nous faut nous convertir à Dieu aujourd’hui, et cette conversion s’accompagne toujours d’une conversion au réel que nous n’avons pas choisi et dans lequel pourtant il faut inscrire l’Evangile.

Les catholiques sont contraints de s’extraire d’un certain confort spirituel et de prendre la mesure des nouveaux défis qu’ils doivent affronter. Beaucoup ont découvert la nécessité de revenir aux sources de la foi, de prendre une part active à la vie de l’Eglise, de mutualiser les moyens dont nous disposons et de travailler en équipe. On ne peut être chrétien tout seul et, si l’avenir de nos communautés dépend de l’Esprit Saint, il n’en est pas moins important pour tous d’accueillir avec une joie nouvelle le don de Dieu et de prendre des initiatives d’évangélisation. L’enjeu est de taille : il s’agit d’ouvrir de nouveaux chemins à la mission pour que la tendresse de Dieu puisse être annoncée au cœur d’une société en perte de repères et bien souvent anxiogène.


II. Une Eglise pourtant bien vivante

Les EAP et les conseils pastoraux se donnent beaucoup de mal pour impliquer un maximum de personnes dans la vie de l’Eglise et participer efficacement à la mission confiée aux curés : j’ai admiré ces nombreuses personnes qui mettent leur compétence et leur disponibilité au service de la communauté, permettant ainsi à l’Evangile d’être mieux annoncé, célébré et partagé. Je pense naturellement à l’admirable travail des Conseils de Fabrique qui ont en charge les finances des paroisses et qui tirent souvent le diable par la queue pour rentrer de l’argent. Les quêtes dominicales ne suffisant plus, il faut prendre de nouvelles initiatives (kermesses, repas paroissiaux, quêtes à domicile, concerts …) pour équilibrer les budgets. Je pense également à la fidélité des chorales qui animent les célébrations dominicales, les mariages et les enterrements. Leurs membres vieillissent, la relève se fait attendre, mais tous continuent à y croire et à apporter leur précieux concours à la vitalité de la communauté. Souvent, elles se regroupent et éprouvent le bonheur de mutualiser leurs moyens pour offrir des prestations de qualité. Je pense aussi au merveilleux travail des équipes liturgiques et l’engagement de toutes celles et de tous ceux qui assurent la catéchèse des enfants et des jeunes afin de les ouvrir à la rencontre avec le Christ et à une expérience d’Eglise structurante. Notre siècle exige que nous rendions la Bonne Nouvelle accessible et désirable ; pour cela, il faut soigner l’accueil, l’accompagnement et la proximité et mettre en œuvre beaucoup d’énergie et de pédagogie au service de l’annonce. J’exprime toute ma reconnaissance à toutes les personnes qui se rendent disponibles à cette mission complexe et pourtant indispensable. Comment ne pas évoquer aussi l’action des visiteurs de malades et de ceux qui portent le souci de la solidarité qui, dans un contexte difficile, donnent à voir le visage compatissant et miséricordieux d’une Eglise solidaire et généreuse. Dans plusieurs communautés de paroisses, la pastorale du tourisme et des loisirs a trouvé sa place et fait preuve de beaucoup de créativité pour mettre le patrimoine architectural et artistique local au service d’une évangélisation ouverte et respectueuse. Dans votre zone, l’œcuménisme n’est pas en reste et m’a permis d’être témoin de belles initiatives à travers lesquelles les différences confessionnelles sont vécues comme des richesses à partager et à mettre en commun pour annoncer Jésus-Christ. Enfin, je voudrais adresser un remerciement particulier à toutes « les petites mains » qui, souvent dans l’ombre, rendent d’éminents services pour faciliter le travail au curé et à tous les chrétiens engagés pour que l’Eglise puisse pleinement remplir sa quadruple mission : annoncer, célébrer, servir et communiquer.

Je souligne enfin qu’ici comme en beaucoup d’endroits du diocèse, les relations entre les paroisses et les municipalités sont excellentes ; j’ai eu plaisir à rencontrer les maires et leurs adjoints, d’autres élus, des personnalités du monde économique et associatif … Il y a au moins trois domaines où une collaboration habituelle s’impose : l’entretien des églises, des presbytères et du patrimoine religieux, l’harmonisation des temps forts entre les paroisses et les multiples associations qui animent la vie culturelle, sportive et sociale des villages et la lutte commune contre les précarités qui augmentent.


III. Les conditions du renouveau

La visite pastorale constitue un temps fort pour les communautés et un événement suffisamment rare pour marquer durablement les participants. Mais la qualité d’une visite et les fruits que l’on peut en attendre dépendent à la fois de la préparation qui a été menée et de la manière dont elle va se prolonger dans la vie quotidienne des paroisses. Il serait dommage qu’elle ne soit qu’une parenthèse ouverte et vite refermée ; elle veut résolument s’inscrire dans le projet d’évangélisation dans lequel s’est engagé notre diocèse et appelle, de la part de tous les acteurs de la pastorale, un enthousiasme renouvelé, une foi contagieuse et une charité inventive. Je souhaite que chaque communauté de paroisses réfléchisse pour mettre en œuvre une initiative missionnaire. Comme nous y invite le pape François, nous devons sortir de nos petits cercles de convaincus, aller aux frontières, rejoindre les pauvres qui sont les premiers destinataires de la Bonne Nouvelle.

La première condition pour un renouveau appelle à sortir d’un christianisme d’habitude ou d’obligation pour entrer dans un christianisme de conviction. Nous n’avons pas le droit d’être insignifiants ou médiocres ! Parce que la foi se nourrit d’abord d’un attachement personnel fort au Christ ressuscité, il est indispensable de cultiver cette amitié au quotidien, de se donner les moyens d’un ressourcement régulier. La foi est d’abord une affaire de confiance : on devient chrétien si on approfondit la relation au Christ dans la lecture de sa Parole, dans le silence du cœur à cœur et dans la participation à la liturgie de l’Eglise. C’est ainsi que se construit peu à peu la belle histoire d’amour entre Dieu et les hommes, entre Dieu et chacun de nous.

La deuxième condition est également vitale. En effet, il n’y a pas de foi chrétienne sans fraternité, sans bienveillance. Les difficultés dans les communautés entre prêtres, entre prêtres et laïcs et entre laïcs, sont souvent liées à des problèmes de personnes. Là où la recherche du pouvoir prédomine, là où on laisse s’installer les jalousies, les comparaisons, les mesquineries de toutes sortes …, il n’y a pas de fraternité possible et le témoignage évangélique s’en trouve grandement altéré. Il est normal qu’il puisse y avoir des divergences d’opinion ou de sensibilité, mais le dernier mot doit toujours rester au dialogue et, si nécessaire, au pardon donné et reçu. Nos communautés seront évangélisatrices si elles transpirent la bienveillance et non la malveillance, la biendisance et non la médisance. Tout chrétien doit se sentir responsable de son frère, de sa sœur, se réjouir de ses réussites et faire preuve d’empathie et de sympathie afin que chacun trouve sa place et concoure à la construction du Corps du Christ.

Je suis également préoccupé par le souci de former les catholiques afin qu’ils soient capables de percevoir l’originalité de la foi et rendre ainsi compte de l’espérance chrétienne. Dans un monde éclaté, le chrétien a une boussole qui l’aide à tenir le cap et à avancer dans la bonne direction. On ne peut plus vivre simplement de la foi du charbonnier, il est indispensable que la foi rejoigne la raison et que chaque disciple du Christ puisse saisir la cohérence, la pertinence et la force du message chrétien. Au bout de quelques années d’enseignement religieux et de catéchèse, les jeunes chrétiens devraient avoir assimilé le contenu de l’essentiel de la foi de l’Eglise afin de pouvoir en témoigner et de faire le lien avec la vie quotidienne. D’autre part, la formation permet d’assumer correctement des responsabilités en Eglise : que ce soit en catéchèse, en liturgie, dans l’animation des enfants et des jeunes ou la visite des malades … Tous ces services exigent non seulement de la bonne volonté et l’amour des personnes, mais aussi une compétence reconnue.

Je vous mets également à cœur de vous souvenir du triptyque « convivialité, formation et ressourcement ». Aujourd’hui, plus rien ne se fait sans convivialité. Celle-ci sous-tend tout engagement, donne envie de commencer et de persévérer et permet de travailler dans une ambiance agréable et stimulante. Quant à la formation, nous en avons déjà souligné l’importance pour que chacun acquiert un sens théologique et ecclésial qui l’aide à remplir avec compétence et finesse la mission confiée. En ce qui concerne le ressourcement, il est vital pour garder le cap et l’enthousiasme et revenir sans cesse à la source et au sens de ce que nous faisons et mettons en œuvre. Je vous encourage à fréquenter ensemble la Parole de Dieu, à profiter régulièrement d’un temps de récollection et de ne pas hésiter à partager la foi qui habite le cœur de chacun. Même s’il y a de multiples raisons d’être fatigués, amers, défaitistes …, il y en a une qui doit sans cesse nous relever et nous relancer, c’est notre foi en la résurrection et au Christ vainqueur du mal et de la mort. Nous croyons qu’au cœur de la nuit la plus noire brille une petite étoile et que Quelqu’un nous accompagne sur la route et nous attend au bout du voyage. Nous sommes aimés par Dieu, tellement aimés qu’en Jésus il a pris visage d’homme, tellement aimés qu’Il nous veut éternels ! L’amour comme l’indifférence ou la haine sont contagieux. Ensemble, soyons responsables de notre monde et mettons en œuvre cette écologie intégrale qui non seulement invite tous les habitants de notre terre à plus de sobriété et de respect de la création, mais aussi à promouvoir la dignité de l’homme, ce qui permettra à notre monde d’avoir moins peur et moins froid.

Une autre condition pour que les chrétiens puissent manifester leur influence et faire valoir leur conception de l’homme réside dans la prise de responsabilités au cœur de la société. C’est le premier devoir des fidèles laïcs que de rendre notre monde plus juste et plus fraternel ; cela ne peut se faire sans une présence active et engagée dans le monde politique, syndical, scolaire, associatif … Il serait malhonnête de se plaindre d’un monde cruel et injuste, si les chrétiens ne montent pas au front pour permettre à l’esprit évangélique d’imprégner la société.
Enfin, une dernière condition du renouveau de nos communautés réside dans le souci des vocations sacerdotales, diaconales et religieuses que tout chrétien doit garder au cœur. La vitalité chrétienne dépend aussi de sa capacité à susciter au sein des communautés des candidats au ministère capables de penser et de porter l’avenir de l’Eglise. Il faut évidemment prier à cette intention, mais également oser proposer le service ministériel à des enfants, à des jeunes, à des adultes et accompagner les candidats avec exigence et affection.


A la fin de mon propos, je souhaite que toutes les rencontres de cette visite pastorale auront permis aux personnes et aux communautés de trouver un nouvel enthousiasme à aimer et à servir ; je souhaite que les catholiques de la zone de Molsheim-Bruche auront été sensibilisés à l’urgence de la mission et qu’ils se donneront les moyens de prendre des initiatives fécondes. Que le Seigneur vous bénisse tous et qu’il puisse compter sur chacun. Je termine ce message en remerciant chaleureusement toutes celles et ceux qui ont travaillé à la réussite de cette visite pastorale, en particulier Joseph Lachmann, Yannick Beuvelet, responsable de zone, Marie-Odile Saint-Marc, animatrice de zone, les curés, les coopératrices et toutes les personnes engagées qui ont donné le meilleur d’elles-mêmes pour faire de cette visite pastorale un temps fort de rencontre, de prière et de partage.

Soyons heureux et fiers d’appartenir au Christ ! Soyons heureux et fiers d’être les membres vivants d’une communauté dynamique et missionnaire, soyons heureux et fiers de nous laisser appeler et envoyer ! Avec Jésus ressuscité continuons à écrire le Livre des Actes des Apôtres aujourd’hui pour entrer avec Lui dans la nouvelle création.


+ Christian KRATZ
Evêque auxiliaire de Strasbourg

 

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