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Obernai

Au pied du Mont sainte Odile, haut lieu de prière alsacien, Obernai occupe une place singulière. La richesse de son passé, ses curiosités et ses vignobles ajoutent à son renom. C’est la rivière Ehn qui lui donne le nom d’Ehinheim ou Ehnheim, Oberehnheim et par contraction française devenu Obernai.
Dès la préhistoire, ce site enchanteur a fixé les hommes.
Station préhistorique et gallo-romaine:les découvertes faites aux environs immédiats de la cité ont mis à jour des haches de pierre, des colliers d’argile cuite, des débris de vases, des fibules datant de la période néolithique et de l’âge de bronze.
Croisement de chemins celtiques : un de ces chemins longeait les Vosges du nord au sud et un autre menait de la plaine au plateau…aujourd’hui mont saint Odile, lieu de culte et de refuge lors des invasions barbares venues de l’est et pour cette raison entouré d’un « mur païen » aux assises cyclopéennes. Plus tard, la région d’Obernai devint un carrefour de voies romaines.
« Villa royale » à l’époque mérovingienne, la cité fut la résidence d’Athic ou Adalric (Etichon), troisième duc d’Alsace (entre 660 et 690) et de son épouse Béreswinde, parente par sa mère de saint Léger, célèbre évêque d’Autun.
Fief indivis de deux abbayes sœurs :Hohenbourg (Mont sainte Odile) fondée par Adalric pour sa fille Odile devenue moniale et celle de Niedermunster (Bas Moutier) érigée par Odile
Siège de la juridiction abbatiale des deux monastères qui y jouissaient du droit de haute et basse justice au tribunal de plein air, sis au lieu-dit « Selhof » ou cour salique (lieu historiquement considéré comme le plus ancien de la cité).
Berceau des familles royales européennes.
Etichon 1er, père de sainte Odile, nommé Duc d’Alsace par Childéric II en 666 ou 673 est (en ligne directe) l’ancêtre des Habsbourg. Son descendant, Gérard d’Alsace, est créé Duc de Lorraine en 1048 par Henri III.
Trois dynasties des Ducs de Lorraine se suivent jusqu’à la cession du duché à Stanislas Lesczynski. Par suite des mariages uniquement entre membres des familles royales (les diverses branches des Bourbons), on peut dire qu’Obernai est le berceau de toutes les monarchies européennes.
Résidence princière à l’époque de Frédéric le borgne de Hohenstaufen, duc de souabe et d’Alsace depuis 1079 qui y fit élever un château fort appelé « Burg » et qui devint la demeure favorite des empereurs issus de cette famille. Ils y tenaient volontiers leur cour et y célébraient des fêtes fastueuses, rehaussées par les chansons du trouvère (Minnesaenger) Goesli d’Ehnheim. Tour à tour, les séjours de Conrad III en 1140, de Frédéric 1er Barberousse en 1153 et en 1179, de Henri VI en 1196, de Philippe de Souabe en 1199, de Frédéric II en 1212, de Henri VII roi des Romains en 1223 et de Conrad IV en 1240 sont attestés par des archives d’époque. Après l’interrègne, les empereurs Rodolphe de Habsbourg en 1273 et 1283, Charles IV en 1347, Frédéric IV en 1473, Maximilien 1er en 1516 et Ferdinand 1er en 1562 rendirent visite à la ville et y séjournèrent.
Ville impériale avant 1240 : bien qu’entouré d’une première enceinte en terre vers 1230, puis cerné d’un mur fortifié en pierre depuis 1250, le château impérial fut détruit en 1246 par les troupes de l’évêque de Strasbourg Henri III de Staleck (1244-45/1260), ennemi déclaré des Hohenstaufen . Un peu plus tard, en 1262, la ville fut incendiée par les Strasbourgeois en raison de sa fidélité à la cause de l’évêque Walter de Geroldseck (1260-1263). La ville jouit par la suite d’une grande liberté sous la haute mais lointaine autorité des empereurs ; elle s’était donné un régime municipal d’inspiration démocratique, en dépit des familles nobles qui tenaient encore un rôle prépondérant dans l’administration municipale.
Membre de la Décapole, ce groupement de dix villes d’Alsace qui se réunirent au XIV°siècle pour résister aux excès de la féodalité (Wissembourg, Haguenau, Rosheim, Obernai, Sélestat, Colmar, Kaysersberg, Turckheim, Munster, Mulhouse).
Obernai s’entourait d’une double enceinte renforcée à intervalle régulier par des tours de fortification ou de vigie. Le premier hôtel de ville, siège du tribunal de justice et des corps constitués, fut construit en 1370, puis remanié et agrandi à plusieurs reprises en 1462, 1523 et 1688.
Foyer du catholicisme au moment de la Réforme, la ville donna asile au célèbre franciscain Thomas Murner, né à Obernai, et qui fut un des plus grands adversaires des novateurs. Ses écrits polémiques lui avaient attiré toutes sortes d’ennuis, de poursuites et de persécutions, et il mourut en 1537 aux portes de la ville de ses ancêtres, comme l’avant dernier curé catholique de la paroisse saint Jean d’Oberlinden aujourd’hui disparue dont subsistent les ruines de l’église.
Cité féodale fière de sa double enceinte fortifiée, la ville grâce au courage de ses habitants, affronta en 1365 les compagnies incendiaires anglaises qui infestaient le pays ; en 1440, les Armagnacs, cette armée sauvage qui sous la conduite du dauphin de France ravageait l’Alsace depuis Bâle jusqu’aux portes de Strasbourg ; en 1476, les troupes aguerries de Charles le Téméraire, dernier duc de Bourgogne qui rêvait de conquêtes faciles et en 1525, les troupes fanatisées des Rustauds, groupés dans la fameuse association du « Bundschuh ». pendant la guerre de trente Ans, en dépit de son système défensif impressionnant, la ville connut en 1622 le pillage des bandes de Mansfeld, en 1627 l’occupation des Impériaux et en 1636 le retour des Suédois renforcés par des contingents français. La ville qui n’était plus qu’un monceau de ruines, vit sa population très réduite et livrée à la misère. Dure épreuve que cette guerre de Trente Ans pour la ville, qui assista impuissante à la disparition de trois villages dans ses environs immédiats : Ingmarsheim, Finhey et Oberlinden, et à la destruction de six chapelles sur douze érigées dans les parages.
Simple ville provinciale d’un pays conquis par la monarchie française, déchue de son rang de ville impériale, et dépouillée de tous les privilèges qui s’y attachaient, Obernai dut accepter en 1664 les quatre articles de Mazarin renforçant le pouvoir du Roi de France sur les institutions municipales. Obernai dut enfin supporter un commandant militaire, logé et soldé par la ville ainsi qu’un chef civil, maire ou prêteur royal perpétuel chargé de présider aux délibérations des corps constitués.
Pourtant, sous l’effet heureux de la paix assurée par la France, la ville pansa ses plaies de la guerre de Trente Ans en administrant sagement ses riches revenus et retrouva rapidement une certaine prospérité. La ville prit part avec enthousiasme à la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, et prêta le serment de fidélité à la Constitution et au Roi.
« Foyer d’aristocratie et de fanatisme religieux » farouchement attaché à sa tradition religieuse, Obernai vit trois de ses enfants, le boulanger Dominique Speyser, le vigneron Jean Freitrich et le juge de paix Xavier Doss, monter en 1793 à l’échafaud en raison de leurs convictions religieuses, le sinistre Eulogius Schneider sévissant alors dans la cité de Ste Odile. Le chanoine François-Louis Rumpler, Obernois lui aussi, se distingua sous la Terreur en sauvant le Mont sainte Odile et les reliques de la sainte et en conservant à l’Eglise le couvent des capucins.
Sous l’Empire, avec la paix religieuse retrouvée, deux enfants de la ville, les frères jumeaux Blaise et Thiébaud Wolf chantèrent la beauté de leur pays natal et la gloire de l’Empereur. Un autre fils d’Obernai, couvert de gloire militaire, le lieutenant-général Nicolas Baegert-Becker, comte de Mons, et plus tard, pair de France, eut la délicate mission au lendemain des cent-jours de conduire au Bellérophon, l’Empereur Napoléon 1er.
Foyer ardent de patriotisme au lendemain du traité de Francfort qui en 1871 l’avait arrachée à la France, Obernai en portait le deuil. Un autre de ses illustres fils, monseigneur Charles-Emile Freppel, évêque d’Angers avait mis en garde l’Empereur Guillaume 1er d’Allemagne contre la violente et brutale annexion de l’Alsace ; annexion qui devait par la suite peser si lourdement dans les relations entre la France et l’Allemagne.
Monseigneur Freppel, dans son testament, avait exprimé le vœu de voir transporter son cœur dans l’église paroissiale d’Obernai quand sa patrie serait redevenue française. Aussi, au lendemain du traité de Versailles, en reconnaissance de son patriotisme, l’Alsace par souscription publique lui a-t-elle élevé sur le parvis de l’église un superbe monument de bronze. Quant au cœur du prélat Obernois, il repose dans une niche finement ciselée au niveau du transept gauche.
En 1872, la ville perdit le quart de sa population qui s’était réfugiée au-delà des Vosges. Le vide ainsi créé, attira une population majoritairement allemande, ce qui nécessita la construction d’une église protestante terminée en 1902 ;
Française le 11 novembre 1918, la ville fit le 19 novembre 1918 un accueil triomphal au général Gouraud, commandant la glorieuse IV° Armée et qui entra ensuite triomphalement à Strasbourg.
« Lors de la rentrée des troupes françaises à Obernai, le lundi 18 novembre 1918, venant de Bischoffsheim, la population se précipita à leur rencontre et le vieux drapeau de 1864 ouvrit la marche du cortège,en tête les vétérans de 1870. En débouchant sur la place de l’Hôtel de Ville, les cloches du Kapellturm lancèrent les volées de leurs sons joyeux et majestueux dans le cliquetis des armes et de la ferraille et c’est un immense cri « vive la France » qui jaillit de toutes les poitrines » (mémoires de C. Spindler).
Le Père Charles Umbricht dont la maison paternelle se trouvait 4 rue de la Paille à Obernai (ses parents étant partis outre-Vosges en 1872), fut sans doute l’aumônier militaire le plus décoré de France pour sa conduite héroïque au front pendant la première guerre mondiale et la campagne de 1940.
Durant la nouvelle annexion, sous le régime nazi, la ville sut attendre dans la dignité, et avec fidélité, la libération qui intervint le 26 novembre 1944 ; le général Philippe Leclerc de Hautecloque, commandant le II° division blindée y établit son Quartier Général jusqu’à la prise de la poche de Colmar.
Les monuments.
En face du monument aux morts et auprès de celui de 1870, une stèle s’élève en mémoire de Raymond Demange résistant fusillé par les Allemands à Fresnes le 3 juillet 1942.
Du Mont National nous avons un magnifique point de vue sur la ville, la plaine d’Alsace et, par temps clair, sur la cathédrale de Strasbourg et la chaîne des Vosges. Le mémorial de l’A.D.E .I.F. est une immense croix en béton armé de douze mètres de haut rappelant le souvenir des incorporés de force du canton d’Obernai morts au champ d’honneur, et partant des 40 000 Alsaciens-Lorrains portés disparus durant la seconde guerre mondiale.
Le parc rassemble les ruines de l’ancienne église d’Oberlinden, le château d’Oberkirch, et dissimulée dans les frondaisons, une chapelle dite des « caravaniers ». Celle-ci restaurée sous le mandat du maire Hartleyb ne fut jamais consacrée, mais jusqu’à la vente du château à la ville, le curé-doyen y célébrait la messe une fois par an pour le baron de Hell et sa famille.

Les remparts. Le tour de la ville par les remparts est, sans conteste, une des promenades les plus attrayantes ; on y chemine sous une double rangée de tilleuls et de marronniers ; de l’enceinte extérieure, il ne reste que quelques bastions, mués en maisonnettes, palissées de vignes.
L’enceinte intérieure est encore assez bien conservée : elle se dresse en retrait des fossés, transformés de nos jours en parterres de fleurs.
Plus de vingt tours ornaient et renforçaient l’enceinte intérieure.
Le rempart Monseigneur Caspar : à droite l’hospice Saint Erhard, fondé en 1315 par l’évêque Jean de Dirpheim. La chapelle abritait jusqu’à une époque récente des retables , signés 1508 H.H. (Hans Hagen), figurant les apôtres, saint Pierre, saint Jean et saint Jacques, une scène de la vie de sainte Elisabeth de Hongrie, la Visitation, l’Adoration des Mages, la Présentation de l’Enfant Jésus au temple et la Dormition de la Vierge, une statue de saint sébastien, une Crucifixion de 1513, un tableau des quatorze intercesseurs et la prédelle de l’ancien maître-autel de la chapelle. Ces tableaux autrefois exposés dans la salle des saints apôtres Pierre et Paul de l’hôtel de ville sont aujourd’hui remisés. Une partie d’un retable se trouve depuis 2007 exposée dans la chapelle du Saint Sacrement, dite de sainte Odile, en l’église paroissiale.
A gauche, en face de l’hôpital, une tour de fortification ; puis plus loin, à gauche, l’emplacement de l’ancien « Burg » ou château impérial, élevé jadis sur les ruines de l’ancienne « villa royale », où, selon la tradition, sainte Odile, patronne de la ville , est née. La construction actuelle date de 1470 ; sur le côté droit, presque en face, la « fabrique » construite pour les troupes d’occupation autrichienne en 1814.
Le rempart Maréchal Foch qui présente l’aspect le mieux conservé et le plus pittoreque de l’enceinte intérieure de la ville. A côté du chevet de la synagogue, l’ancienne résidence du commandant royal ; d’où l’appellation de « Kommandantengraben ».
Le rempart Monseigneur Freppel : à gauche, une maison haute à pignons aigus et crénelés : la maison natale de Monseigneur Freppel ; il est longé, du côté extérieur, par les eaux bruissantes de l’Ehn qui passe sous l’église paroissiale.
A l’angle du rempart et de la rue du Puits, une imposante bâtisse construite dans les années 1890 et résidence du curé et des prêtres affectés à Obernai .
Le rempart Maréchal Joffre qui offre une belle vue sur les Vosges à l’ouest, et au nord sur le Mont National, le beffroi et la maison romane la plus ancienne d’Obernai dite des nobles Pilgrim d’Ehnheim.

Les curieux en quête d’émotion esthétique n’auront qu’à parcourir les places, les rues et les ruelles de la ville ; le charme pittoresque les saisira à chaque pas. Ils pourront découvrir, même dans les ruelles les plus reculées, des maisons à encorbellement, à oriels et pans de bois, à galerie ou balcon en bois ; au-dessus de leurs portes, ils relèveront des écussons à serpette de vigneron, à maillet de tonnelier, à couperet de boucher, à brestelle de boulanger ; parfois même, ils trouveront l’écusson d’un potier, d’un charpentier, d’un tanneur et d’autres métiers encore. Ils s‘étonneront, en flânant dans ces rues, du grand nombre de mascarons et de fleurons utilisés dans l’ornementation des maisons particulières.
Sur les potences des puits, les consoles en pierre ou en bois, sur les poutrelles apparentes des maisons à pans de bois, sur les corbeaux et les linteaux des portes et fenêtres, ce ne sont que mascarons à figures expressives, variant à l’infini : têtes de bœuf, museau de lion, masque de fauves grotesques, figures grimaçantes, faces terrifiantes de dragon, souvent d’un réalisme saisissant au milieu de fleurons plus ou moins stylisés.
Les visiteurs curieux rencontreront donc une richesse et une opulence d’ornementation qui est bien caractéristique du style Renaissance du XVe siècle.
A l’heure actuelle, Obernai compte plus de onze mille habitants.
Foyer industriel de l’Alsace moyenne, milieu culturel riche, relais hôtelier et gastronomique réputé, lieu de passage des marcheurs et pèlerins du mont sainte Odile, Obernai est une noble cité au passé glorieux à l’avenir prometteur.

Michel Vogt d’après un texte du chanoine Xavier Ohresser*.

*Prêtre, historien, Xavier Ohresser (1900-1975) est natif d’Obernai. Attestés dès 1585 les Ohresser d’Obernai ont même un ancêtre Peter Harras qui reçoit droit de cité en 1361 .Ce nom Harras , devenu Harrasser(originaire d’Arras) devient en alsacien Horasser et d’après la phonétique Ohresser.
Etudiant au Collège des Carmes à Paris après la première guerre mondiale, il y est ordonné prêtre le 11 avril 1925 et rentre en Alsace licencié en théologie, en philosophie et en histoire.
Professeur au collège saint Etienne de Strasbourg durant quarante ans, il devient spécialiste en historiographie de l’art religieux diocésain. Egalement publiciste et iconographe il collabore à plusieurs ouvrages et publie « Les trois héros de la foi à Obernai ».