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La chapelle du Calvaire - Obernai

Source : Obernai Rosace Vivante - 1993

Les dévotions mariales connurent au Moyen-Age lors des nombreuses invasions, une ferveur toute particulière, ferveur qui s’est transmise de génération en génération jusqu’à nos jours.
A l’origine de la dévotion à Notre Dame se trouve un drapier obernois Sébastien WYLKLIN qui fut construire en 1517, une crypte d’après une coutume rapportée par les croisés. A cette époque, Arbogast GYSS est Bourgmestre d’Obernai (1505 - 1538). Le curé de la paroisse s’appelle Johannes HESSE (Hess) et l’Evêque de Strasbourg, Monseigneur Jacques WICKRAM.
L’ensemble des monuments voués à la Vierge se compose de trois élèments : la crypte construite en 1517 ; le Mont des Oliviers élevé en 1586 ; la chapelle dite « du Calvaire » érigée en 1696.
Nous trouvons face sud au cimetière, la scène du Christ au Mont des Oliviers, le soir avant son arrestation. C’est un ensemble d’imposantes statues en pierre taillées par le sculpteur Paul WINDECK de Sélestat. Le nom de la personne qui subventionna les travaux resta longtemps inconnu. Ce fut l’archiviste de la ville de Sélestat, le Dr. Joseph GENY, décédé en 1905, qui découvrit dans le livre des comptes de la ville, le promoteur de la construction, à savoir Sébastien WYLKLIN (Wilk) d’Obernai. Il est facile à comprendre pourquoi WINDECK fut choisi par WYLKLIN pour accomplir ce travail. WYLKLIN avait en premières noces, épousé une Sélestadienne et après le décès de celle-ci, il devint par son deuxième mariage, le gendre du maire de Sélestat, Jost SCHAFFNER.
En l’an 1586, la crypte reçut une toiture en cuivre. C’est à cette époque que furent peintes les fresques ornant les murs du bâtiment qui abrite le Mont des Oliviers. Nous y voyons l’arrestation de Pierre et Mathieu, Jésus et les femmes pieuses, le tout en costume et armements du XVIe siècle. La voûte concave est ornée des armes de la ville et des écussons B.W. (Bastien WYLKIN), H.K. (Hans von KUPPENHEIM, Bourgmestre de 1482 à 1499), L.S. (Léonhard SCHAD, Bourgmestre de Dinkelsbühl).
La chapelle actuelle devant la crypte, située vers le Selhof, fut construite en 1696 aux frais de la Ville, ceci en raison de plusieurs miracles qui s’y produisirent - le premier, le 15 mai 1691 - et de l’afflux par la suite de pélerins de toute l’Alsace-Lorraine et de régions plus lointaines.
Parmi les figures lapidaires du Mont des Oliviers se trouve aussi le serpent. Les gens de l’époque disaient : « Wann d’Schlang lawanding wurd un d’Litt anbisst, dann esch And d’r Walt ! (Quand le serpent se réveillera pour mordre les gens, alors la fin du monde sera proche.)
Si nous trouvons sur la voûte, le monogramme L.S. (Léonhar SCHAD, Bourmestre de Dinkelsbühl), c’est que le peintre qui exécuta les fresques aux murs du Mont des Oliviers en 1586, est un nommé Wolf WEHINGER de Dinkelsbühl et quitta sa ville natale en 1575, en tant que « Maaler » et en qualité de « Bürger » (bourgeois).
C’est vers la fin du XVIIe siècle que se produisirent les premières guérisons miraculeuses à la crypte, puis ensuite à la chapelle attenante. La curé-doyen de l’époque était M. le recteur Jean REICHLING (1685 - 1699) archiprêtre du Chapitre du Mont-des-Frères. Le Commandant-Gouverneur de la ville s’appelait Nicolas SARASIN M. de la BRETONNIERE, les prêteurs royaux, Jean-André De GAIL (maire royal, 1694) et Jean-Jacques HERRENBERGER (maire royal, 1699), tandis que les Bourgmestres avaient pour nom Jean-André PIMBEL (1687 - 1708), Jean RUMPLER (1691 - 1699) et Nicolas RUMPLER (1694 - 1709).

En 1699, la paroisse eut un nouveau curé en la personne de M. le Recteur Laurent HERTZOG (O.A. - n° 13 - 1904). C’est lui qui consigna dans un cahier les guérisons miraculeuses qui se produisirent en ce lieu saint. Il rapporte qu’on lisait toujours de mémoire d’homme (« seit Mans-gedenken ») la sainte messe dans la crypte. Les malades u démontraient toujours une adoration particulière à la Mère douloureuse (« dem Ver-Ehrten Schmerzhaften Mariä-Bild) pour lui demander soit la guérison d’une maladie, soit le don d’une bonne mort.
Ce fut en l’an 1691 que la Mère de Dieu se manifesta pour la première fois en ce lieu par une guérison miraculeuse qui occasionna une joie inexprimable parmi la population et un étonnement admiratif dans toute la contrée. Témoins en furent toute la magistrature (« der ganze Wohweise Magistrat »), M. le curé Jean REICHLING, ainsi qu’une foule innombrable.
A la même date quatre compagnies de cavalerie commandées par le Maréchal d’UXELLE, établirent leurs quartiers d’hiver à Obernai, à charge pour la ville - déjà saignée par 25 années de guerre franco-autrichienne - de pouvoir à leur hébergement.
Parmi ces cavaliers, se trouvait un grand blessé à la jambe qui était devenue toute raide. Le malheureux ne pouvait se déplacer qu’à l’aide de béquilles. Aucune médecine, aucun soin des barbiers (« Balbierer ») - qui faisaient aussi fonction de dentistes - ne pouvaient apporter la guérison. C’est alors au moment où les troupes quittaient Obernai, que notre homme, abandonné sur place, fut poussé par une impulsion intérieure, à se diriger , le 15 mai 1691 à 8h00 du matin vers la crypte du cimetière. Dans un recueillement silencieux et une prière fervente, il supplia Notre Dame des sept douleurs de le guérir. Tout d’un coup, il ressentit de nouveau la vie dans son membre meurtri, il laissa ses béquilles sur place et se dirigea allègrement vers la ville, heureux et chantant les louanges du Seigneur.
La population était envahie en même temps de crainte et de joie à la vue de ce phénomène inexplicable. Elle était craintive, parce qu’elle se reprochait de n’avoir pas assez honoré ce lieu auparavant ; joyeuse, parce que Notre Dame y avait érigé son trône de grâces et manifesté son désir de provoquer confiance et conversion par des guérisons miraculeuses, après les tourmentes des guerres sans fin qui avaient jeté la population dans la misère noire et le désespoir.
Témoins de cette guérison furent M. le Recteur de l’époque, Jean REICHLING, le Commandant Royal Nicolas SARASIN, Seigneur de la Bretonnière, les maires Martin CASPAR, Jean PIMBEL, Paul DIETRICH, Jean RUMPLER, ainsi que toute la population accourue de toutes les ruelles, qui à partir de cette date voua une adoration toute spéciale à Notre Dame de la Crypte.
Au fil des ans beaucoup de béquilles garnirent les murs de la crypte et ensuite de la chapelle, ainsi que de nombreux ex-votos. Ceux apposés après la Grande Révolution se trouvaient encore en place en 1980. par suite de réfections bénévoles à la chapelle, on les ôta en 1981. Les peintures des ex-votos sont dues, d’après Maurice SCHAEFFER (1887), au pinceau d’un enfant d’Obernai qui ne les a pas signées. Il s’appelait Jean-Baptiste ROLIN.
Le deuxième fait extraordinaire se produisit le 2 Mai 1692. Gertrude BERGMANN, célibataire, 40 ans, fille du cultivateur, Christophe BERGMANN de Dauendorf (près de Haguenau), était atteinte depuis 15 ans d’une maladie incurable, qui à plusieurs reprises menaçait de la terrasser. Cette personne vint implorer le secours physique et moral de la Vierge d’Obernai, entourée en cette démarche par les prières ferventes de la population. Elle fut exaucée en sentant soudain en elle une grande force sereine, elle, qui par le passé était secouée de spasmes affreux. Elle courut tout droit à la mairie pour y narrer le changement complet intervenu dans son corps et dans son esprit. Elle parvint avec facilité à quêter parmi la population assez d’argent pour faire confectionner un ex-voto (les premiers étaient peints sur papier et collés sur de la toile de lin) afin que la postérité trouve toujours un témoignage visible du signe divin en sa faveur.
Ce n’est qu’après le décès de cette personne que M. le Recteur Laurent HERZOG rédigea par écrit, les témoignages de cette guérison.
Deux mois après - la nouvelle des guérisons s’étant répandue même à l’étranger -, une fille de 25 ans, Madeleine NEYLICHT de Hegendorf près de Solothurn en Suisse, fut amenée à Obernai, habitée par l’esprit du mal, de sorte qu’elle se roulait par terre en proie à des convulsions. La population témoignait beaucoup de crainte, mais aussi de pitié, envers cette personne. Tandis que l’on implorait à plusieurs reprises Notre Dame en vue de la guérison de la malheureuse, soudain, le 6 Juillet 1962, la possédée fut d’un seul coup libérée et guérie. Restant encore un certain temps à Obernai - car elle ne voulait quitter ce lieu privilégié - elle ne fut plus jamais assaillie par ce mal. En portèrent témoignage le magistrat de la Ville et toute la population, éblouis par tant de signes de bonté de la part de « leur Dame », face aux misères de ce monde.
Depuis, les guérisons miraculeuses se succédèrent tous les ans de sorte que la crypte était ornée de nombreux ex-votos. La ferveur ne fit que croître dans le cœur des populations d’Obernai et des environs. Chaque jour, nous raconte le Recteur HERTZOG, trois à quatre messes étaient lues dans la crypte et de riches dons affluaient de toutes parts. Les foules étaient si denses que l’on aurait cru voir un long ruban de procession se diriger de la rue principale de la ville, vers la crypte. Afin de soustraire à la rapine les riches ornements offerts par la foule, on transféra la plupart d’entre eux dans l’église paroissiale toute proche. Parmi ces objets se trouvaient deux burettes d’autel en argent massif, offertes par Madame Anna Maria SCHILLINGER, épouse de Francis SCHILLINGER de Strasbourg. Elle avait trouvé guérison en la crypte de Notre Dame. Ce fut elle aussi qui dédia à la chapelle attenante la clochette du petit campanile annonçant jusqu’en 1917 (date où elle fut réquisitionnée par les Allemands) la célébration d’un office. Cette clochette, détruite pendant la grande Révolution, fut remplacée par une autre en 1805.
Un autre mécène fut le maire honoraire Jean-André PIMBEL, qui réunit au fil des ans, près de 500 Gulden en or ou Florins pour la décoration de la chapelle. Il dépensa en outre plus de 100 Gulden or pour la restauration de la peinture défraîchie du Christ de la crypte. Il finança également plus tard, lors de la construction de la chapelle, la grande fresque au-dessus de l’escalier, représentant le Christ crucifié entre les deux larrons. Ce fut ensuite pour M. PIMBEL, une fois la chapelle construite, son chemin quotidien préféré pour aller vénérer Notre Dame, tout comme le fit deux siècles plus tard le jeune Charles Freppel, futur Evêque d’Angers, venant visiter chaque vendredi avec sa maman, la chapelle du Calvaire. 
Pour tant de bienfaits , M. PIMBEL fut élu en 1701, Préfet de la Confrérie de la Sainte Vierge. Il mourut en 1708.
Comme nous l’avons vu, la municipalité, devant l’affluence croissante de pèlerins, se vit dans l’obligation de faire construire en 1696, une chapelle attenante à la crypte. Ce fut l’initiative du maire royal Jean-André de GAIL. Il chargera des travaux, le Bourgmestre Martin KAYSER et l’entrepreneur Jean-Martin KÄYSER (KAYSER) - 1686 - 1709. Ce dernier reçut l’aide bénévole de toute la population d’Obernai et des environs de sorte que les travaux allèrent bon train et furent terminés en un an. Néanmoins, les frais pour matériaux s’élevèrent à 674 Gulden ou Florins-or, que la Ville d’Obernai acquitta. La facture fut signée par le maire royal de GAIL, les Bourmestres Jean PIMBEL, Jean RUMPLER et Nicolas RUMPLER.
Parmi les principaux artisans de la construction, on peut citer le « Stadtbaumaister » Philippe DORSCHNER, le gardien de la porte supérieure, Michel SEYLER, le fossoyeur Gall EBERSTEIN, le préposé au magasin du fer, Diebolt STREICHER et celui du bois, Jean Michel WOLLEBER (D.B.O.- 1980). Le Bourmestre KÄYSER fit don d’un grand tableau représentant le Christ cloué sur la croix, qui orne le côté droit de la Chapelle.
M. Jean-François HERRMANN, Directeur de l’Hôpital Saint-Erhard (construit en 1314) et son épouse née STREICHER (« Stricherin ») ont en reconnaissance pour la guérison de cette dernière, offert deux tableaux à la chapelle du Calvaire : l’un se trouve au-dessus de la porte d’entrée côté Selhof, l’autre représentant la descente de la croix du Christ fut apposé sur le mur gauche de la chapelle.
En Mai 1699, Catherine N. de Gambsheim et sa sœur ont fait lire plusieurs messes de reconnaissance pour l’aide de Notre Dame dans des situations très difficiles.
La même année, Appolonia RUMPLER, épouse de Gall DIETRICH, offrit à la Vierge un anneau en or pour le secours qu’elle avait demandé et reçu. Tous les objets précieux, risquant d’être la proie des voleurs, ont été retirés de la chapelle (une première incursion eut lieu en 1701).
Le 29 septembre 1697, jour de la Saint-Michel, Jean Fritz BECKERT offrit des messes en reconnaissance de la guérison de son épouse.
Georges ERB de Hilsenheim (« Hilsheim") remercia Notre Dame d’Obernai pour l’avoir sauvé en 1699 d’un accident mortel près d’Obenhaim (« Obendorf »).
Françoise DOMBALT (« Dombaltin »), éposue de Benedict KOLB (« Kolben ») de Molsheim, offre à Notre Dame un voile de velours violet (« blauroth ») orné de franges argentées et demande que l’on en orne la statue de la Vierge pour l’aide octroyée dans les situations dramatiques.
Nicolas RUMPLER le jeune, fils du Bourgmestre Nicolas RUMPLER, sauvé par Notre Dame, lors de son voyage en Italie, des dangers de toutes sortes qui l’attendaient au tournant des routes, alla voir le Pape Innocent XII et lui raconta toutes les merveilles et le zèle religieux qui avaient touché ses compatriotes. Le Saint Père, accorda en 1699, une indulgence plénière pour tous ceux qui le jour de l’Immaculée Conception (le 8 décembre) vont alles se confesser, communier et prier en la chapelle du Mont des Oliviers d’Obernai. Par la suite, le successeur du Pape Innocent XII, le vénérable Saint Père Clément XI, confirma en 1708, par une bulle, cette indulgence plénière. Le jour de l’Immaculée Conception fut fêté chaque année avec beaucoup d’éclat et de ferveur. Comme encore de nos jours, à Rosheim, toutes les fenêtres des maisons étaient garnies de bougies allumées, les rues et édifices publics illuminés. 

Comme encore de nos jours, à Rosheim, toutes les fenêtres des maisons étaient garnies de bougies allumées, les rues et édifices publics illuminés. Un compte-rendu de l’année 1904, lors du 50e anniversaire de la publication du dogme de l’Immaculée Conception (O.A., n°100-1904), nous rapporte ces festivités dans toute leur solennité. Ce fut aussi l’année de l’inauguration de la Fontaine Sainte Odile, place du marché. Un artiste peintre, nouvellement venu à Obernai, Edouard WELTZ, avait peint un tableau transparent illuminé et accroché au frontispice du presbytère.
C’est en cette même année 1904 que « Kaffeekönig » (le roi du café, comme on l’appelait à l’époque) Théophile Jacques WEISSENBURGER (1852 - 1924), citoyen d’honneur de la Ville, habitant Le Havre, suivant en cela l’exemple de son ancêtre Jean Jacques WEISSENBURGER, voulut faire restaurer, juste cent après, la chapelle du Mont des Oliviers. Il fit appel pour la réalisation de ce grand travail au juvénile et entreprenant artiste, M Charles SPLINDER de Saint-Léonard, alors âgé de 39 ans. Celui-ci se mit avec beaucoup d’enthousiasme à l’ouvrage et établit un plan d’ensemble d’après les données historiques. Le beau plan n’arriva cependant pas exécution, car des personnes mal intentionnées et jalouses envers M. WEISSENBURGER et M. SPINDLER, réussirent à faire retarder l’exécution des travaux. Ce n’est que quelques temps plus tard (en 1907, comme l’indique l’archiviste M. PISOT) que M. SPLINDER peignit la célèbre suite d’images de la Vierge aux sept douleurs au-dessus de l’arcade surplombant l’entrée à la crypte.
M. et Mme Théophile WEISSENBURGER reposent au cimetière d’Obernai à l’ombre de cette même chapelle du Calvaire, côté nord.
M. le Recteur ISSELE était à l’époque le Pasteur des âmes obernoises. Son vicaire, l’abbé Cyrille RIEHL, fut nommé en 1907 Directeur du Grand Séminaire à Strasbourg.
Trente ans plus tard, la ville d’Obernai, dans sa séance du 6 juillet 1937, vota une subvention de 7.000 francs de l’époque pour la rénovation intérieure et extérieure de la chapelle. Cette rénovation avait été demandée par le Recteur, M. le Chanoine Albert SPRAUEL. Maître Auguste DUBOIS de Gresswiller procéda au renouvellement des fresques extérieures. Maître Robert GALL, artiste peintre de Colmar, s’occupa de la rénovation intérieure de la chapelle. D’après l’archiviste M. PISOT (C.O., n°97 - 1937)  « le peintre couvrit de nouvelles fresques la voûte et les murs de la chapelle », de sorte que, malheureusement, nous n’y retrouverons plus toutes les précieuses fresques de M. SPLINDER, qui auraient dû être simplement retouchées ou rafraîchies...
A la subvention initiale de la Ville, s’ajouta encore le 2 novembre 1937, un additif de 2.800 francs pour travaux supplémentaires, somme que le Conseil municipal, sous l’égide du maire Xavier MOSSER, vota à l’unanimité.
Il est inscrit dans la pierre au-dessus de la porte d’entrée de la chapelle, côté Selhof :

« Praetereundo cave ne sileatur Ave + ne vadas via + nisi dixeris Ave Maria. »
« En passant par ici prends garde de ne pas taire l’Ave. Ne continue pas ta route
sans avoir dit Ave Maria. »

C’est cette recommandation que M. le Chanoine SPRAUEL ne cessa de répéter à ses paroissiens, surtout durant les temps d’épreuves de la guerre 1939-45, où il lut chaque matin une sainte messe en cette chapelle pour la sauvegarde des jeunes obernois incorporés de force. Les parents de ceux-ci y venaient souvent pour soumettre à Notre Dame leurs grands soucis, leurs craintes du lendemain ou d’une nouvelle tragique. C’est là qu’ils ont épuisé leurs forces pour tenir tête aux menaces et aux vexations de l’envahisseur que M. le Chanoine SPRAUEL ne se gênait pas de dénoncer ouvertement.
Là aussi, Notre Dame d’Obernai veilla sur ses enfants, exauça leurs prières pour un retour au pays. Nos incorporés de force, à leur retour n’ont pas manqué de témoigner leur reconnaissance envers Celle qui les a protégés durant les plus graves dangers.
Nos ancêtres qui avaient tant souffert et tout perdu dans les pillages et les affres des guerres interminables, n’avaient cependant pas douté dans leur foi, car c’était là leur unique recours. Ils en étaient tellement conscients que, déjà en 1529, ils avaient taillé dans la pierre de l’ancienne tour d’enceinte se trouvant près du cimetière, cette parabole :

« Omnia si perdas, verbum coeleste reserva, Quo semel amisso, cuncta perisse puta ».
« Si tu perdais tout, conserve la parole divine. Et si elle est perdue une fois, pense que tout ensemble est anéanti ».

La Chapelle du Calvaire connut plusieurs rénovations: en 1686, et en 1804. Dans un médaillon, à gauche sous la grande image est inscrit le texte suivant :

Zu Ehren des blutschwitzenden Heilandes haben Herr Johann Jakob WEISSENBURGER, Mitglied des Gemeinderats und Frau Anna Margaretha Kûgell, Eheleute, diesses renovieren lassen anno Domini 1804.

(En l’honneur du Christ crucifié, Monsieur Jacques WEISSENBURGER, Conseiller municipal et son épouse Anne Marguerite Kûgell, ont fait procéder à la renovation en l’an du Seigneur 1804.)

La dernière rénovation après celle de 1937, fut réalisée de Mai à fin Octobre 1985 par Guy VETTER, artiste-restaurateur agréé par les monuments historiques. Elle est due à l’intervention de l’Association pour la conservation du patrimoine obernois (Président M Lucien MAURER)

Concluons cet article par une considération d’ordre général sur ces guérisons miraculeuses. Sont-elles difficiles à comprendre ? Encore plus à admettre ? Le miracle comme tel, en fait, ne peut être reconnu que par celui qui y croit. Un cadeau entre amis n’est « cadeau » que parce que, déjà, ils sont amis. L’objet donné dans la rue par un inconnu n’est pas un signe, mais plutôt une question. Ainsi pour l’incroyant, le miracle est une question, jamais une preuve. Il peut se renseigner auprès du croyant qui lui donne son interprétation. Il pourra alors lui aussi devenir croyant ou chercher une autre explication.
Dans toutes les manifestations divines sur terre, ce qui est essentiel c’est que le miracle parle à l’époque où il est posé. A cette époque, fin XVIIe siècle, certains prodiges étaient inexplicables, ils le seraient peut-être aujourd’hui. Si un croyant est témoin d’un « miracle », qu’il y réfléchisse et se convertisse, ce ne sera pas en s’appuyant sur une « preuve », mais en découvrant un signe divin, une interpellation de la présence divine dans des temps spécifiques, à telle ou telle époque de misère, de troubles ou de violences.
Un proverbe chinois dit : « Quand on lui montre du doigt la lune, l’imbécile regarde le doigt ! » Il faut savoir regarder plus loin...
L’essentiel au XVIIe siècle comme aujourd’hui ne réside-t-il pas dans cet enthousiasme des foules réconfortées, la sérénité des malades, les guérisons du cœur, ces conversions des âmes qu’aucun médecin, qu’aucune Eglise ne reconnaîtra miraculeuses, mais qui sont, au fond, tellement plus proches du vrai message de pauvreté, de prière et d’engagement que Notre Dame veut nous transmettre ?

En 1793, l’ensemble du patrimoine de la chapelle fut brûlé publiquement devant le cimetière. Parmi les objets, figurait la statue miraculeuse dont un enfant sauva la main droite. Celle-ci est, aujourd’hui, exposée dans une châsse de la chapelle, alors qu’une nouvelle Madone se trouve dans la crypte.