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Obernai

Eglise Saints Pierre et Paul

• Un peu d'histoire : la région d'Obernai fut propriété des ducs d'Alsace au 7ème siècle. La ville est le lieu de naissance de Sainte-Odile, patronne de l'Alsace. Un château a été édifié à Obernai vers la fin du 11ème siècle par les Hohenstaufen. Vers 1280, Obernai devient ville impériale. Une chapelle est édifiée et dédiée à la Vierge. Sa tour sert de beffroi: c'est le Kappelturm. Obernai devient membre de la Décapole en 1354 (ligue d'entraide de 10 villes impériales en Alsace). Obernai est alors un petit état dans l'Empire, avec sa juridiction propre. L'apogée d'Obernai se situe aux 15 et 16èmes siècles; en 1562, l'empereur Ferdinand Ier du Saint-Empire se rend à Obernai. La ville posséda une léproseraie dès le 13ème siècle et un hôpital fondé au 14ème s. Obernai posséda une double enceinte fortifiée à la fin du Moyen-Âge (avec 38 tours et 12 portes). Au moment de la Guerre de Trente Ans, la ville est prise par les Suédois. En 1679, au Traité de Nimègue, Obernai devient ville française et perd son autonomie politique acquise sous le Saint-Empire. Une nouvelle période prospère arrive pour Obernai au 18ème siècle. En 1871, la ville est reprise par l'Allemagne, tout comme le reste de l'Alsace. Elle est restituée à la France en 1918.

L'église Sts-Pierre-et-Paul d'Obernai : cet édifice fut construit entre 1865 et 1870 en style néo-gothique par Eugène Petiti, architecte, et les entrepreneurs J.-B. Perisse, J.-F. Connard et F. Rudloff. Dans le choeur furent exécutées des fresques remarquables, par le peintre alsacien Martin Ritter von Feuerstein, natif de Barr dans le Bas-Rhin (1856-1931). Dans le transept Nord, on remarque un autel du Saint-Sépulcre (de 1504) attribué à Veit Wagner (ateliers de Strasbourg). Cet autel est un remarquable exemple de style flamboyant. Le maître-autel, dans le choeur, est une oeuvre néo-gothique du Strasbourgeois Joseph Müller (en 1874). Des vitraux du 15ème siècle, provenant de l'ancienne église paroissiale démolie en 1867, très restaurés en 1894, sont visibles autour de l'autel du Saint-Sépulcre datant de 1504. Ces quelques vitraux anciens sont un remarquable témoignage de l'art du vitrail en Alsace à la fin de l'époque gothique. Ces vitraux représentent une Crucifixion, et une Passion de Saint-Sébastien, notamment. Ces vitraux sont attribués à Pierre Hemmel d'Andlau [*] (1425-1502). Il y a aussi des fragments de vitraux anciens intégrés à des vitraux du 19ème siècle. Les nombreux vitraux de la fin du 19ème siècle à Obernai proviennent surtout des ateliers Burckhardt de Munich (1877) et des ateliers Helmle et Merzweiler de Fribourg-en-Brisgau (1896), notamment.

° [*] Note sur Pierre Hemmel d'Andlau: maître verrier réputé, Pierre Hemmel, natif d’ Andlau, a créé des vitraux pour tout le bassin rhénan et la région d’Innsbruck. Influencé par l’école haut-rhinoise (le Maître E.S., le Maître Schongauer). Il travaille à Walbourg (1461), St-Guillaume de Strasbourg (1462) Ste-Madeleine de Strasbourg (1482), St-Pierre-le-Vieux de Strasbourg (1470), Saverne, Obernai, Lautenbach, Vieux-Thann, Kaysersberg, Wissembourg. Son atelier exporte des vitraux (N.Dame de Munich, Nuremberg, Salzbourg) et des verriers alsaciens travaillent dès 1480 à la cathédrale de Séville. Pierre meurt en 1506.

• On remarque aussi, dans cette église, une chapelle de la Vierge avec une statue de 1987, remplaçant celle, du 15ème s., laquelle fut volée en 1975. Les portails de l'église d'Obernai sont sculptés. Le trumeau du portail central porte une statue dite de Notre-Dame de France (Vierge à l'Enfant), oeuvre du sculpteur alsacien Théophile Klem (Colmar). Mais l'oeil de l'amateur de belles orgues est immédiatement attiré par l'imposant Grand Orgue en tribune, chef-d'oeuvre du facteur Joseph Merklin, en 1882.

Les orgues : une fois de plus, c'est le très beau site sur les Orgues en Alsace qui nous renseigne en détail sur les orgues de cette église d'Obernai: http://decouverte.orgue.free.fr/ . Le Grand Orgue d'Obernai, datant de 1882, est un splendide témoin de la facture d'orgues des années suivant 1870, date de l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne. Cet instrument marque l'apogée de l'orgue symphonique non seulement en Alsace, mais d'une certaine manière aussi en France et surtout en Europe centrale. D'autres orgues Merklin sont à signaler en Alsace, notamment le bel orgue du Temple Neuf de Strasbourg qui sort tout juste, en 2009, de sa récente restauration/reconstruction par le facteur N. Toussaint. On signalera aussi le bel orgue Merklin de l'église Ste-Elisabeth à Bâle, en Suisse, mais si proche de l'Alsace. La précédente église catholique d'Obernai, jugée trop petite pour la cité, fut démolie pour faire place au nouvel édifice actuel, néo-gothique, construit vers 1867 à 1872. Une grande partie du mobilier de l'ancien sanctuaire fut reprise, sauf le bel orgue d'André Silbermann de 1713 (dont le buffet est à Niedernai ). Ce beau Silbermann, démonté en 1867, ne joua plus jamais ! A cette époque, tout en estimant beaucoup les orgues Silbermann, on voulait, surtout dans une très grande église comme à Obernai, un instrument "du moment", à savoir d'esthétique symphonique et un buffet qui ne cache pas la rosace placée au-dessus du portail principal. L'orgue Silbermann datait de 1713, donc esthétiquement classique, et son buffet cachait la rosace: son sort fut ainsi assez rapidement tracé ! De plus, sous la domination allemande de la fin du 19ème siècle, on voulait affirmer un certain attachement à la France en passant commande d'un orgue à un facteur parisien. Cavaillé-Coll fut pressenti (en 1879); il fit une proposition. Des offres diverses furent reçues (Frères Stoltz, Heinrich Koulen, Joseph Merklin [*]).

° [*] Joseph Merklin, facteur né en pays de Bade en 1819, a fondé des ateliers à Bruxelles en 1843, puis à Paris en 1855. Il a travaillé avec le facteur Friederich Haas, établi en Suisse. Il contribua alors à la mise au point des sommiers à pistons. Il travailla également avec le grand facteur allemand Eberhard Friedrich Walcker, de Ludwigsburg. Il y rencontre un ami, facteur d'orgues, Friedrich Schütze (parfois écrit Schutze) qui deviendra son associé. C'est de cette époque (vers 1849) que datent les célèbres plaques de signature des consoles d'orgues: Merklin-Schutze. En 1855, Merklin fait l'acquisition des ateliers Daublaine-Callinet à Paris, ateliers alors en faillite. La même année il obtient une médaille d'or à l'Exposition Universelle de Paris. Dès lors, Merklin est un facteur parisien. Joseph Merklin intallera des orgues en Alsace de 1860 à 1881. Merklin, d'origine allemande, sera expulsé de France à la veille de la Guerre de 1870 (en septembre). Il se réfugie en Suisse à Martigny-Ville (en Valais), où il monte en hâte un atelier provisioire. En 1871, il est à Romont (toujours en Suisse). C'est de cette façon que la Suisse possède quelques très rares instruments signés J. Merklin, notamment le fameux orgue de Martigny-Ville. Le Traité de Francfort signé, en 1871, J. Merklin revient en France à Paris. Il implante de nouveaux ateliers à Lyon. Sa notoriété est importante et sa nouvelle Société s'appelle Merklin et Cie, suite à la restauration du grand orgue de St-Eustache à Paris en 1879. Merklin explorera le mode de la traction pneumatique, puis électro-pneumatique, dans ses oeuvres de la dernière décennie du 19ème siècle. Mais un désaccord avec son gendre et appui financier Charles Michel, en 1894, entraînera la dissolution de la Société et la suppression des ateliers de Lyon. Joseph s'associera alors avec Joseph Gutschenritter et refondera la "Manufacture de Grandes Orgues J. Merklin et Cie". De cette collaboration naîtra, notamment, l'orgue de la cathédrale de Boulogne-sur-Mer, en 1897 (détruit en 1944 par un obus). Merklin cède des parts de sa Société à un ingénieur passionné d'orgue, Philippe Decock, et se retire à Nancy en 1899. Il décèdera en 1905. L'orgue d'Obernai est le plus grand que construisit J. Merklin en Alsace, mais aussi le dernier (il en construisit 11 en Alsace entre 1860 et 1878, avant Obernai).

• C'est donc Joseph Merklin qui fut choisi pour le grand orgue d'Obernai. Le buffet est l'oeuvre du sculpteur alsacien Théophile Klem (de Colmar). Il fallut abaisser la tribune pour ne pas masquer la rosace (en 1881). Le titulaire de l'orgue souhaitait un Positif de dos postiche pour dissimuler la console tournée vers la nef. Des surcoûts intervinrent en raison de ces ajouts, mais, finalement, l'orgue Merklin d'Obernai fut officiellement reçu en mars 1882. Le facteur Franz Kriess de Molsheim assura l'entretien de l'orgue depuis 1901. On effectua des travaux en 1906, en 1921. En 1917, la façade fut réquisitionnée par les Allemands. La Montre fut remplacée en 1923, par F. Kriess. En 1934, Edmond-Alexandre Roethinger, facteur alsacien, expertisa l'orgue d'Obernai. Mais en 1951 déjà, l'orgue nécessite absolument des travaux, car il est en mauvais état. C'est le facteur Ernest Muhleisen qui effectuera les travaux nécessaires. En 1955, des infiltrations d'eau eurent lieu et l'orgue fut abandonné, muet, de 1965 à ...2001 ! Durant la longue période d'abandon, l'esthétique symphonique n'était, de fait, plus "à la mode", comme elle le fut à la fin du 19ème s. On se désintéressa de cet instrument, un Walcker de secours ayant été placé dans le transept Nord. Le bel instrument Merklin fut oublié, gardant pratiquement toute sa valeur cachée dans ses entrailles. Le rédacteur du site des Orgues en Alsace explique que, " Joseph Merklin étant d'origine allemande (Sud de l'Allemagne, la région du Bade), les jeux d'Obernai ont une âme proche de l'Alsace, notamment au niveau des Cornets qualifiés de "piquants" au niveau de la Tierce, et aussi au niveau de la Pédale plutôt ample et proche de la conception germanique de la base de l'édifice sonore de l'orgue, contrairement à l'esprit de Cavaillé-Coll, lequel favorisait plutôt les Dessus ".

• En 1991, l'orgue est classé et, après étude attentive, placé entre les mains de la Maison Alfred Kern et Fils (Daniel Kern). L'orgue d'Obernai est restauré de 2000 à 2001, avec Christian Lutz comme Maître d'Oeuvre.

• L'orgue de choeur: cet instrument est l'oeuvre du facteur Yves Koenig, en 1992. Il a remplacé l'orgue Walcker (1907) de secours, installé en 1967. Cet orgue remarquable est un complément magnifique du Grand Orgue Merklin (les deux instruments sont au même diapason). 

Source "Site Internet Orgues et vitraux"

Pour plus de détails voir aussi la rubrique "Pastorale du tourisme"