Le premier verset, rapporté du début des adieux (Jn 13,1) situe les paroles de Jésus : Avant dépasser de ce monde à son Père. Ce « passer » évoque la Pâque (mot qui veut dire passage) du Christ. Le texte est donc éminemment pascal. Mais ce que nous avions lu dans la tristesse des adieux, voici que le Christ de gloire nous le redit dans une étonnante lumière.
Jean, le réaliste mystique, se découvre ici dans une page qui fait penser à une mer dont les vagues viendraient frapper notre coeur, déferlant sur lui pour le plonger dans des profondeurs inouïes (comme le Père m’a aimé, je vous aime) et aussitôt, nous ramener sur la plage prosaïque de nos monotones devoirs, (soyez fidèles à mes commandements).
Nous comprenons mieux ce passage sublime si nous gardons en mémoire le mouvement de fond : Le Père aime le Fils —> Le Fils nous aime en nous communiquant l’amour du Père —> Cet amour nous pousse à nous aimer les uns les autres —> Il nous conduit à aimer le Père de l’amour même dont l’aime le Fils.
Comme mon père m’a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. Ce comme n’est pas seulement comparatif, il est aussi causal : le même amour dont le Père aime Jésus passe par Jésus dans les disciples. Qui oserait imaginer une telle union, « communion », si Jésus lui-même ne l’avait dit !
L’expression demeurer dans l’amour est typique chez Jean; elle suggère un échange profond, intime, durable au-delà des périodes de joie sensible. Cette intimité perdure dans la sécheresse et la nuit de la foi, pourvu que ces dernières ne deviennent pas indifférence.
Amour qui est tout autre chose qu’un petit chaud au coeur. Il doit se vivre dans les faits : si vous êtes fidèles à mes commandements, ce qui n’a rien de légaliste, nous dirions aujourd’hui : être fidèle à l’Evangile, aux appels intérieurs. Ainsi Jésus a-t-il lui-même gardé les commandements de son Père, lui le OUI au Père (2 Co 1,19; Ap 3,14).
Qui le réalise - un peu - sent une joie indicible remplir son coeur, la joie même de Jésus, pour que ma joie soit en vous, sa joie d’aimer le Père et d’être aimé de lui. A quelles profondeurs Jean ne nous conduit-il pas !
Puis, de cette communion avec le Père, la méditation passe à la communion entre les fidèles. Aimez-vous les uns les autres. Jésus en fait un commandement, mon commandement, dit-il. Ce « mon » ne contredit pas mes commandements dont il vient d’être question. Amour de Dieu et amour du frère se tiennent, l’un est semblable à l’autre (Mt 22,39).
C’est un amour au-delà du sentiment. Aimez-vous comme je ai vous aimés, de l’amour que le Père a pour moi et que j’ai pour lui. C’est autre chose que le bon copinage. C’est l’oubli de soi jusqu’à la radicalité : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.
La méditation revient alors sur l’intimité entre le Christ et ses disciples; il ne veut plus avec eux de relations de maître à serviteur (ce sont des relations de domination - soumission, sans confidence : le serviteur ignore); il les appelle, il les fait ses amis. Il leur fait connaître, expérimenter tout ce qu’il a appris du Père. Est-ce possible ? Oui, puis-que Jésus est la « Parole du Père », son Verbe, son expression même.
C’est grâce, pure grâce. Quel homme pourrait y prétendre ? Ce n’est pas vous, c’est moi qui vous ai choisis. Il n’y a qu’à faire action de grâce sans s’enorgueillir de ce choix, ni s’y reposer béatement : je vous ai établis afin que vous portiez du fruit. Ainsi unis à moi, en mon nom (en moï), mon Père vous accordera tout ce que vous demanderez, car vous ne demanderez plus des futilités, ni des avantages passagers, mais seulement ce qui correspond à l’amour.
Cette page sublime nous fait un peu deviner ce qu’est la grâce, trop souvent chosifiée en « vertu surnaturelle ». La grâce est ici personnalisée, c’est le Christ qui nous communique l’amour du Père. Cet amour est gratuit : grâce. Il conduit à l’action de grâce.
Page admirable qui nous rappelle - l’essentiel : le lien affectueux entre Jésus et nous et, par Jésus, avec le Père. L’Eglise est amour avant d’être organisation. Les saints, eux, l’ont le mieux compris, mieux que tant de prêtres, de laïcs qui planifient, organisent, luttent, fonctionnent...
Page merveilleuse qui nous invite à nous émerveiller. Nous ne savons pas assez les beautés de notre foi, et nous les expérimentons encore moins. « Que vous soyez comblés de joie ! »
Communauté de paroisses du Piémont du Hohenbourg
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